Association Imagine Océans

Des navires de haute technologie pour des missions éducatives

Témoignage de Jean RIESENMEY, Directeur des bases nautiques de Marseille

Depuis de nombreuses années, le Centre Municipal de Voile de Marseille se préoccupe de rendre accessible la voile à tous les publics, et notamment les publics physiquement ou socialement handicapés. Des réponses ont été apportées vis à vis des jeunes des quartiers en difficulté. Ces réponses nous ont amenés à repenser totalement nos programmes d’activités, les supports que nous utilisions, les contenus et les rythmes pédagogiques. C’est un long travail et une lente évolution des mentalités. Pour les publics diminués physiquement, nous procédons de la même façon, et nous pouvons déjà lister les étapes par lesquelles nous sommes passés

  • en 1994 – le CMV possède 9 Mini – J (petit quillard monoplace de 3,5 mètres permettant à des personnes privées de l’usage de leurs jambes de naviguer sur un plan d’eau abrité).
  • de 1996 à 1998, les principaux locaux du centre sont rendus accessibles aux fauteuils roulants.
  • en 1998, nous faisons étudier un bateau collectif, de 8 a 9 mètres, susceptible (entre autres choses), d’embarquer des personnes handicapées avec leur fauteuil grâce à un arrière ouvert et un passage précisément dimensionné entre les 2 safrans. C’est le Pythéas, dessiné par Eric JEAN, architecte naval marseillais, et construit par Daniel SCOTTO, charpentier de marine, marseillais également.
    Nous possédons aujourd’hui 4 Pythéas utilisés par tous les publics pour les phases de découverte et de première initiation à la voile.
  • en 1998 toujours, le CMV autorise l’Association « Voile au Large » à laisser le Gib Sec 106, qu’elle vient d’acquérir, s’amarrer à couple d’une de nos pannes.

En effet, cette association s’adresse aux accidentés de la vie, et pour permettre de concrétiser leurs 2 mots d’ordre « les fauteuils restent a quai » et « ni valide, ni handicapé ; seulement marin », il leur faut l’accessibilité à leur bateau depuis une panne flottante, elle-même accessible.

Le CMV avait cela. Depuis, « Voile au Large » mène des actions vis à vis des centres de rééducation fonctionnelle, et surtout a fait une transatlantique avec un équipage mixte handicapés et valides.

  • en 1998 enfin, nous établissons des relations régulières avec le Comité Départemental Handisport, et servons de support pour les stages de Certification de Qualification Handisport de la Fédération Française Handisport.
  • en 2000, la Ville de Marseille recrute 2 personnes en fauteuil pour tenir les postes d’agent d’entretien au CMV. L’un, accidenté de la route, mécanicien de métier, est affecté à l’entretien des moteurs hors-bord ; l’autre, poliomyélitique, est en charge de la réparation des voiles.

Aujourd’hui, il nous apparaît clairement que les 2 supports que nous exploitons, n’apportent pas, aux publics physiquement défavorisés, tout ce qu’ils sont en droit d’attendre :

  • le Pythéas nécessite pour les manœuvres, des déplacements à bord. Des personnes handicapées peuvent par transfert les effectuer, pour autant que les conditions de mer et de vent n’en imposent pas une grande vitesse de réalisation. Dès lors, peu de sensation et au bout de quelques sorties nécessairement tranquilles, ce public s’ennuie.
  • le Mini-J est un solitaire avec tout ce que cela implique d’essais et d’erreurs pour le débutant, même s’il est bien conseillé. Sur un public déjà stressé, ces conditions d’apprentissage sont difficiles.

Et puis très vite, on conçoit les limites de ce bateau plan d’eau protégé, peu de vitesse, pas de mer, etc. Par ailleurs, nous souhaitons élargir le champ des publics concernés dans 2 domaines comme nous avons démontré la possibilité de l’intégration professionnelle dans le secteur entretien, nous souhaitons montrer que, dans des conditions précises, l’enseignement de la voile peut aussi être confié à un enseignant professionnel handicapé.

La découverte de la voile pour les personnes retraitées ou plus communément pour le troisième âge, n’est guère facilitée aujourd’hui compte tenu du nécessaire engagement physique que cela représente sur les embarcations aujourd’hui proposées. C’est pourquoi le CMV est à la recherche d’un bateau dont le cahier des charges pourrait se résumer en 5 points

  • bateau à plusieurs équipiers (convivialité, présence d’un instructeur, éventuellement handicapé, etc.),
  • bateau dont toutes les manœuvres et conduites peuvent être gérées par un équipage réduit face à Ici route (à l’image d’un véhicule automobile),
  • bateau offrant des sensations de vitesse et pouvant naviguer en 5′ catégorie,
  • bateau autonome quant aux manœuvres portuaires petite motorisation,
  • bateau innovant pour le distinguer des autres et susciter la curiosité, l’esprit de recherche, etc.

Le projet TIO 6,50, pour 3 équipiers, gréé avec 2 mâts autoportés et à balestrons et voiles semi-rigides, motorisé électriquement, rassemble tous les éléments attendus dans ce programme. Les diverses rencontres avec l’Association « Imagine Océans » de La Rochelle et l’atelier protégé « Atelier Service Production » de Lavilledieu dans l’Ardèche, devraient permettre la conception et la réalisation d’un tel bateau. Il pourrait bien sûr préfigurer la conception avancée et la construction d’un bateau beaucoup plus grand, capable d’emmener un équipage nombreux au large.

Ceci est une deuxième étape de cette recherche. La première peut se suffire à elle même. Les seuls problèmes sont la taille des océans et l’avidité des hommes à les parcourir, même s’ils n’ont plus l’usage de leurs jambes.

Jean RIESENMEY

Directeur des bases Nautiques
Ville de MARSEILLE Service des Sports

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